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  • Post last modified:22 novembre 2022
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Loudness ou guerre du volume, décompressons l’audio !!!

Si vous avez plus de trente ans, vous avez remarqué que la musique enregistrée avant les années 90 avait un volume sonore largement moins élevé. Quelle en est la raison ? comment tout ceci a commencé ? Est-ce qu’il y a des conséquences sur la qualité du son, etc ? 

Le commencement du loudness War (guerre du volume)

Station de radio
© AndrzejRembowski Pixabay

La guerre du volume a commencé dans les années 70. À cette époque, les stations de radio se sont rendu compte que le fait d’augmenter le volume de diffusion attirait plus d’auditeurs. Un son fort attire, le fameux « loudness » était né. En d’autres termes, sonner plus fort que leurs concurrentes directes.

Autoradio rétro
© Bru-nO Pixabay

Avant cette époque, la radio était surtout écoutée chez soi. Mais avec l’avènement des autoradios, une problématique c’est très vite imposée. En effet, tous les sons faibles se sont retrouvés inaudibles en environnement bruyant. Pour pallier, ce phénomène, une technique a été créée, la compression de la dynamique, en plus du loudness. Son principe est simple : réduire les écarts de volume entre les sons forts et les sons faibles. Le drame de la musique contemporaine et de nos oreilles. Oui, oui, de nos oreilles.

Pourquoi toujours plus fort ?

On le sait tous, sonner plus fort est vendeur. Enfin pendant un temps. Au commencement, c’était pour attirer l’auditeur. Actuellement, même si c’est encore une raison valable, ces subterfuges, ne servent qu’à pallier les faibles conditions d’écoute, notamment en mobilité. Adieux la « HIFI de papa » où l’on écoutait sa musique, confortablement installé dans son canapé, avec une bonne chaîne stéréo comme dans des années 70-80. On est dans l’ère de la mobilité, smartphone et autres enceintes Bluetooth.

Pour que l’on continue de consommer de la musique, l’industrie musicale a dû s’adapter à toutes ces contraintes, mais aussi aux normes de santé. Bien obligé pour bien entendre toutes les fréquences de nos chansons préférées.

En pratique, qu’est-ce la dynamique ?

Avant de parler des conséquences sur le son, s’il y en a une. Voyons ce qu’est la dynamique ? Mais aussi, comment déterminer si le master utilisé, n’a pas succombé au travers de la musique moderne.

      • Définition

« La dynamique est l’amplitude du niveau sonore entre les sons faibles et les sons les plus forts. Elle est régie en fonction du support physique ou dématérialisé. »

Chaque style musical a sa propre dynamique, le classique et dérivés sont beaucoup plus dynamiques que le rock ou d’électro par exemple.

DR (dynamic range ou plage dynamique), la dynamique d’un morceau

Pour ce faire, il existe une échelle qui mesure la dynamique d’un morceau, d’un album, le DR (dynamic range ou plage dynamique). Cette échelle commence à 0, à pas de limite.

Elle est divisée en 3 parties : 0-7 médiocre, 8-13 moyen ou de transition, 14+ bon. On ne parle ici, que de la compression de la dynamique, en aucun cas de qualité du son, même si c’est lié. On le verra par la suite.

Échelle de la dynamique audio
Échelle de la dynamique audio

Dynamique, oui mais !

A 0 dB, on n’a plus aucune dynamique. À l’inverse -17 dB ou DR 17, -17 à +17, soit 34 dB en tout, le son est très dynamique. Mais est-ce vraiment utile ?

Avoir de la dynamique est une chose, la percevoir en est une autre. Suivant le lieu « d’écoute », on perçoit plus ou moins bien les variations de volume qui composent nos morceaux, sons faibles, hautes et basses fréquences, etc.

Si on se réfère à la page Wikipédia, voici ce que cela donne.

Dynamique selon le lieu d'écoute
Dynamique selon le lieu d'écoute

De bonnes conditions d’écoute sont primordiales !

On remarque que dans une salle de cinéma, on peut largement diffuser une bande sonore dynamique d’environ 62 dB, soit -31 dB, DR 31. Vu que les conditions sont extrêmement favorables, il est possible de discerner correctement les moments calmes, dialogues à faible volume, tout en préservant l’ampleur des effets spéciaux sans pour autant être dangereux.

En revanche, en transport en commun, comme l’avion avec son bruit de fond, la dynamique des sons perçue est faible, seulement 12 dB. Ce qui signifie que le son le plus faible doit être de l’ordre de -6 dB ou DR 6 pour être entendu correctement.

À la maison dans de bonnes conditions

Si l’on se base, une fois de plus, sur le tableau ci-dessus, dans une salle dédiée à l’écoute musicale, on est aux alentours de 48-50 dB. Ce qui signifie qu’un DR 22-25 est facilement atteignable. Au-delà de cette valeur, la sonorité la plus faible ne sera plus audible.

Mais vu que la grande majorité des écoutes sédentaires s’effectue dans son salon. Cette amplitude sonore, n’est plus « que de 30 – 35, voir 40 dB », soit DR 15-17. Pourquoi pas plus ?

Pourquoi pas plus de dynamique ?

Cette perception est régie par deux facteurs, le bruit de fond généré de l’environnement d’écoute et le matériel de restitution (Rapport signal sur bruit ou SMR en anglais). Ce qui oblige les ingénieurs du son à adapter le volume au-delà du bruit de fond. D’où les -6 en écoute nomade qui est la norme de quasiment tous les mastering modernes qui ne dépassent guère cette valeur.

Le matériel à son importance

Chaque élément qui constitue la chaine de captation produit du brui. C’est ce que l’on appelle de SMR (Rapport signal/bruit). Ce rapport en dB, n’exprime, en vérité, que la capacité dudit appareil à s’éloigner de bruit de fond qu’il va générer en fonctionnement. Cette valeur est souvent comparée à la dynamique d’un appareil. Cette affirmation est plus ou moins vraie, je vous l’accorde, puisque ce bruit va avoir une incidence directe sur la dynamique perçue.

Exemple de bruit de fond généré d’un appareil audio, son emplifié à + 12 dB

Cette problématique est bien plus prononcée en analogique, qui produit rapidement du bruit. Ce qui obligeait, les ingénieurs du son de l’époque, à enregistrer à fort volume, puis à remmener le niveau à des valeurs acceptables d’écoute afin de minimiser ce bruit de fond.

On peut le dire, l’arrivée de numérique à redistribuer les cartes. Assurément, la musique capturée n’a pratiquement plus ce défaut, surtout en hautes résolutions audio, le 24 bits+.

À l’écoute ?

Si la captation peut s’effectuer de manière analogique ou numérique, l’écoute également et comporte également ce rapport signal/bruit.

Cependant, pas d’inquiétude de ce côté-là, car même les appareils de plus de 10 ans avaient en moyenne 80 dB de signal/bruit pour les moins performants et sur l’entrée phono. Aujourd’hui, les constructeurs annoncent des valeurs assez élevées autour des 100 dB et même bien plus avec certain DAC grimpant à 120 dB+. Autant dire que la dynamique n’est impactée que par les conditions d’écoute et le soin apporté au mastering.

Les conséquences sur l’audio

La première des conséquences résulte en la dégradation du son. Cela s’explique par le fait que les supports les plus utilisés, qui sont le CD audio et le Vinyle, ont une capacité limitée en dynamique.

Le CD-Audio est codé sur 16 bits et échantillonné en 44,1 kHz, ce qui lui confère 96 dB de dynamique.

          • 1 bit = -6 dB
          • 16 x 6 = 96 dB

Le Vinyle, quant à lui, ne dépasse gère les 70 dB dû au bruit de fond inhérent de ce support.  Dans un usage courant, on estime cette limite entre 50 à 60 dB, selon l’emplacement du morceau sur la surface du disque. D’où la simplification dans le milieu de l’audio, à convenir de 60 dB.

Au plus on dépasse la lisière des spécifications prévue par la norme du support, au plus le risque de saturation, de distorsion, ainsi que de l’écrêtage (clipping en anglais) se font ressentir.

Les conséquences sur nos oreilles

Dans les années 80-90, on avait pour habitude d’écouter en nomadisme, notre musique assez fort afin que le son généré ait plus de prestance, plus d’ampleur. Le but était d’entendre au mieux les fréquences les plus faibles.

On le sait, un son fort est dangereux pour nos oreilles. Pour pallier ce phénomène, l’Europe a imposé une limitation de 100 dB sur la sortie casque des baladeurs audio. Pousser le volume au max ne suffit pas en environnement bruyant.

Et là, sueur froide pour l’industrie musicale. Comment continuer à vendre de la musique si elle devient inécoutable ? La solution était toute simple, reprendre la technique de la compression de la dynamique. Le son perçu étant plus fort, à réglage équivalent, le tour était joué. La musique redevenait parfaitement audible dans toutes les situations.

La compression de la dynamique rend sourd

Logiquement, toutes musiques devraient commencer par un fondu, suivi d’une montée et pour finir un enchainement de couplets, refrains et un fondu en fin de piste. Ors, ce n’est plus le cas des musiques actuelles quand le volume est uniformisé.

De ce fait, même à plus faible volume sonore, le son écouté agresse en permanence nos oreilles. Contrairement à un son fort ne durant que quelques secondes, car les mécanismes internes de protection de nos oreilles ont le temps de se reposer.

Loudness ou guerre du volume et compression de la dynamique

Original vs mastering moderne

Différence de mastering entre la version originale de 1985 de Dire Straits - Money For Nothing et cellui de 1996
Différence de mastering entre la version originale de 1985 de Dire Straits - Money For Nothing et cellui de 1996

On remarque que le remaster de Money For Nothing sortie en 1996 (celui du bas) est bien plus compressé en dynamique que dans sa version originale de 1985.

  • L’original de 1985, 32 dB de dynamique ou DR 16.
  • Le remaster de 1996 seulement 22 dB soit DR 11.
À l’écoute, on le ressent assez aisément. Toutes les fréquences faibles sont amplifiées. En audio, + 3 dB revient à doubler le volume. Ce qui nous donne, dans cet exemple, 3,5 fois le volume original des sons faibles. Là ce n’est que petit bas comparé à d’autres musiques modernes ultra-compressées dont la norme est DR 5, 10 dB de dynamique. Un véritable massacre sonore.

Loudness, le mal des masterings modernes

Jusqu’à la fin des années 90, tout allait bien et on était relativement épargné. Mais à partir de la deuxième moitié de cette décennie, la dynamique des albums, c’est vu de plus en plus réduite. À un tel point que l’on a fini par approcher le 0 dB.

Au début 2000, elle se situait autours des 16 dB. Vers 2010-2015, seulement 10 dB nous est proposé. Oui oui, DR 5 de moyenne.

Compression de la dynamique de Et l'on n'y peut rien DR 5
Compression de la dynamique de "Jean-Jaques Goldman - Et l'on n'y peut rien" DR 5
Compression de la dynamique de "Clara Luciani - La grenade" DR 7

Exemple de loudness war

Comme un exemple est plus parlant, voici une sélection de vidéo qui donne un bon aperçu de ce qu’est ce phénomène.

On peu le dire, le morceau Death Magnetic de Metallica a été le déclencheur du mouvement anti-loudness war amorcé du monde de l’audiophile. Il avait fait énormément de bruit à cette époque. Beaucoup de personnes se sont offusquées de découvrir que la version du jeu Guitar hero était largement supérieur au CD, un comble. On remarque aisément la perte des cymbales sur la version CD.

La vidéo de Nirvana – Curmudgeon 1992 – 2004 est également très parlante, le vu mètre de la version originale de 1992 est vivant contrairement à la version de 2004.

Un compromis possible ?

Vu que de plus en plus de personnes dénoncent ce phénomène destructeur. Certains artistes eux-mêmes font le choix d’une musique qui sonne moins fort à l’ancienne. Ce qui demande un effort de réadaptation, notamment de la part de la jeunesse actuelle, qui n’a pas conscience de ce qu’est un bon son. Forcément, quand on n’a jamais entendu un bon master de toute sa vie, que du mp3 des années 2000-10 ou CD de la même époque, ça n’aide pas à se faire une idée.

Comme la musique se consomme principalement en mobilité, sur un smartphone, il est évident qu’une grande dynamique ne sera plus au gout du jour. Certes, il serait profitable de revenir à des valeurs plus acceptables tout en permettant à tous de profiter pleinement de sa musique selon ses habitudes d’écoute.

Les casques ANC (annulation de bruit actif)

Ces casques Bluetooth pourraient bien venir en aide aux mélomanes que nous sommes. Le principe est de capter le bruit environnant à l’aide de micro, afin d’appliquer une inversion de phase. Ce qui aura pour effet son annulation, ou tout du moins, son atténuation.

De ce fait, il n’est pas inconcevable de penser que petit à petit ce phénomène s’atténue en partie dans les années à venir sans complètement disparaitre. Notamment les radios, la télévision ou de cette nouvelle mode de l’écoute nomade sur les hauts parleurs d’un smartphone.

Connaitre la dynamique d’une chanson

Grâce à l’application DR-Meter ou maat, vous allez pouvoir déterminer la dynamique de votre musique préférée. Il existe même une extension pour le lecteur audio Foobar2000.

Sinon le site dr.loudness-war.info est la référence pour déterminer si un album vaut le coup.

Un bon mastering, cela sonne comment ?

Fade To Grey (Extended Version) de 2015 DR 14

Idées noires DR 16

David Bowie – Space Oddity (2019 Mix) [Official Video] DR 13

Good Times (2018 Remaster) DR 16

Rien que pour le plaisir de l’écoute hifi – liens YouTube

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